Un nouveau souffle pour la R&D grecque ?

 

L’exercice a fini par épuiser l’imagination des journalistes. « Que raconter sur la Grèce qui n’aurait déjà été dit ? » s’interrogeait il y a quelques jours une jeune reporter envoyée à Athènes pour couvrir le vote des nouvelles mesures d’austérité à la Vouli (« le Parlement » grec) . Depuis 2010, les rebondissements à répétitions de la crise grecque ont occupé l’espace médiatique européen. Interviews, reportages, chroniques, témoignages : des centaines de journalistes se sont relayés jour et nuit au chevet de ce petit pays de 11 millions d’habitants et de son économie exsangue, après cinq années au régime sec.

Comme le nez au milieu de la figure, un élément intrigant semble avoir échappé au criblage médiatique : l’excellence scientifique grecque. Je ne parle pas ici de ses valeureux représentants historiques, de Thalès à Diophante, mais de celles et ceux qui en 2015 tirent la Grèce vers le haut, jusqu’aux plus prestigieux podiums de la reconnaissance académique. Car si les hellènes ne représentent que 0.2 % de la population mondiale, 3 % des scientifiques les plus cités dans le monde sont grecs. On apprend même par Google Scholar qu’au moins trente chercheurs grecs, auteurs de publications scientifiques de tout premier plan, ont un indice de citation (H index) supérieur à 100. La Grèce serait-elle un hub pour la science, l’innovation et la technologie ? Elle aurait pu l’être si l’on tenait compte de l’endroit où les gens sont nés, fait remarquer le professeur John Ioannidis, dans un récent article intitulé « Could Greece become prosperous again? ». La Grèce ne se résume pas au tourisme et à l’huile d’olive, elle a aussi de sérieux atouts en science et technologie mais l’excellence scientifique grecque se retrouve aujourd’hui pour partie exilée en Europe du Nord ou en Californie. « Sur les trente deux scientifiques grecs de renom morts en 2014, quatre seulement se sont éteints en Grèce» écrit le chercheur, analysant avec sévérité quarante années de mauvaise gestion universitaire à l’origine, selon lui, du « brain drain » grec.

Une fuite des cerveaux qui s’est beaucoup accélérée dans les cinq dernières années. A l’image de John Ioannidis, aujourd’hui professeur à l’Université Stanford aux Etats-Unis après quelques années d’enseignement à l’université de Ioannina en Epire , ils sont des dizaines de milliers de diplômés grecs à avoir choisi l’exil pour exercer leurs talents, faute de moyens ou de postes dans les centres de recherche grecs. Au total, depuis le début de la crise en 2010, plus de 200000 Grecs de moins de 35 ans auraient quitté la Grèce, dont une majorité hautement qualifiée. Une étude de l’European University Intitute indique que 88% (des jeunes migrants grecs interrogés) possèdent un titre universitaire. Parmi eux, plus de la moitié ont l’équivalent d’un master et 14% ont un doctorat, révèle l’étude. Beaucoup d’entre eux n’ont pas hésité à s’exiler alors même qu’ils avaient un premier travail.

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Le Centre national de la recherche scientifique DIMOKRITOS à Athènes

Ingénieurs, informaticiens, physiciens, mathématiciens, biologistes sont venus élargir les rangs de la diaspora grecque déjà très présente en Allemagne, en Angleterre ou aux Etats-Unis. Les conséquences à moyen et long terme de ce « brain drain » n’ont pas encore – à notre connaissance – fait l’objet d’une analyse économique rigoureuse mais nombre d’experts tirent déjà la sonnette d’alarme et défendent un plan d’investissement massif dans la recherche et l’innovation pour contrer les effets négatifs de l’austérité exigée par Bruxelles. La R&D sur les GreenTechs devrait être une priorité, en particulier dans le domaine énergétique. Par ailleurs, l’aide aux start-ups et à la création d’entreprises innovantes dans les secteurs de la logistique ou encore des TIC est également plébicitée dans l’analyse prospective sur l’emploi des jeunes en Grèce publiée récemment par Endeavor-Greece. Un new deal grec scientifique et technologique ne serait-il pas un signal fort pour les investisseurs mais aussi pour la jeunesse grecque, l’une des plus qualifiée d’Europe (1) ? La création d’un fonds pour la R&D (HRDF) annoncée il y a peu par Costas Fotakis, le ministre grec de la Recherche, marque en tout cas une volonté du gouvernement d’Alexis Tsipras de redonner du souffle à l’excellence scientifique grecque (2). Sylvie Gruszow

 

Uptodate du 10 mars 2016 : un texte publié récemment par Omaira Gill montre l’excellence de la recherche grecque dans les technologies de pointe, notamment le domaine aérospatial.  Plusieurs compagnies comme  Inasco, ESS, Theon Sensors ou encore ISI Hellas sont très actives et associées à de grands programmes internationaux. « We could move out of Greece, but we want to stay. Engineers in Greece are excellent so it is a stratégic decision for us to keep the compagny here » explique Mr. Zervakis, DG de European Sensor Systems (ESS).   Lire aussi cet article publié en janvier dans Kathimerini.

(1)) La Grèce est à la 1ère place des pays de l’U.E. quant au pourcentage d’étudiants par rapport à la population totale, soit 29,4%. Source : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/GRECE_fiche_Curie___decembre_2014_cle8e2cbf.pdf

(5) Interview du Ministre grec de la Recherche Costas Fotakis par Aspasia Daskalopoulou. Jusqu’à sa nomination au gouvernement, Costas Fotakis était Président de la Fondation pour la Recherche et la Technologie (FORTH). http://www.euroscientist.com/costas-fotakis-investing-in-blue-sky-research-helps-to-create-long-term-wealth/

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